le sas des 24h.

Cette vie rêvée lorsqu’on arrive plus à respirer dans un cocon familial bien trop serré.
Cette vie que j’avais jalousé parfois à ces mères séparées quand je me sentais étouffer dans la mienne.
Cette vie où la respiration serait là, une semaine sur deux.
Cette vie où retrouver un espace à soi.

Rien qu’à soi.
Pour éviter de s’oublier et d’envoyer tout chier.

Et lorsqu’on y goute, un gouffre semble pourtant s’installer sous nos pieds une semaine sur deux.
Me viens la phrase de Leïla Bekhti “T'as qu'une envie, c'est qu'ils s'endorment et dès qu'ils dorment tu veux les voir”.
Là c’est à l’échelle d’une semaine.
Une semaine d’intense tête-à-tête et le lendemain, plus rien jusqu’à la semaine suivante.

Je peux alors rester des heures à fixer un mur blanc.
Ne plus savoir quoi faire.
Être complètement paumée.
Ne plus savoir par quoi commencer.
Me retrouver à errer dans l’appartement.
Ne plus savoir comment ni avec quoi savourer ce temps dont je dispose enfin sans devoir le compter.

Ce gouffre et cette ambivalence-là, une cliente m’en parlait durant une séance.
Je pouvais ressentir chez elle cette ambivalence si caractéristiques des mères et encore plus chez les mères séparées en garde alternée.
Cette ambivalence que je connais que trop bien.
Cette nouvelle réalité binaire qui définit le quotidien avec des semaines “avec” et des semaines “sans”. La présence physique de ma fille à mes côtés définissant si ma semaine sera celle d’une mère responsable ou celle d’une femme insouciante (presque) sans attache.
Ce flux tendu durant le temps “avec”, où chaque minute doit être savourée, remplie, utilisée, dégustée même quand c’est dur parce qu’on sait très bien qu’après ce sera du temps “sans”. Et s’en vouloir lorsqu’on se réjouit déjà de retrouver le ‘sans’.

Et puis arrive ce flux mouvant du temps “sans” qui a beau être rempli par tant de choses qui nourrissent, il y manque toujours un peu qqch.
Profiter de l’espace et s’en vouloir de profiter sans elle.
Profiter avec elle et appréhender la fin.
Regretter de ne pas avoir assez profité et ne pas arriver à savourer la liberté.

Y a de quoi devenir schyzo.

Cette sensation de savoir faire, d’être utile lors de la semaine ‘avec’ et cette sensation d’être perdue et inutile lors de la semaine “sans”.
Et lorsque le temps a fait son job et que tu as enfin “pris le pli” et que tu commences à savourer le "vide” ou le “plein”, le voilà qu’il se finit déjà.
Parce que faire à moitié, je sais pas faire.

J’ai beau avoir le cerveau partout à la fois, je ne sais pas être mère et autre chose en même temps.
Toujours pas.
Ou pas encore.

Alors, je tente de garder en tête qu’il me faut 24h.
24h pour me réajuster.
Dans un sens comme dans l’autre.
À l’arrivée comme au départ.
24h pour la retrouver.
24h pour se retrouver.
24h pour me retrouver.

Et recommencer.

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ma meilleure amie c’est elle.

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j’ai hésité et puis je lui ai quand même dit.